Bientôt l'enfer pour les paradis fiscaux ? - Ouest France -18/10/2008

Article écrit par Paul BUREL

Ils sont dans le collimateur des gouvernements français et allemand. Les ONG disent « chiche » avant la réunion internationale du 21 à Paris.

Transparence International, Secours catholique, Caritas France, CCFD, Terre solidaire, Oxfam France... Au total, treize associations et ONG ont fait savoir leur soutien à la volonté franco-allemande de s'attaquer aux paradis fiscaux, avant la réunion internationale consacrée, mardi, au sujet.

Vaste sujet. L'argent sale dégouline à flots dans ces zones de non-droit. L'argent du crime, de la corruption et de la fraude fiscale ¯ les trois mamelles de l'escroquerie ¯ s'y déverse à hauteur de 500 milliards, selon l'estimation basse des experts, 800 selon la plus haute. Un gouvernement comme le Ghana estime que la fuite des capitaux lui coûte la moitié de son budget !

Londres, le Liechtenstein, Gibraltar... et Chypre

Paradis fiscal, cela rime évidemment avec Bahamas et ses 4 300 banques, les îles Caïmans et leurs 1 000 milliards de dollars d'actifs. Cela passe par La Barbade, qui défiscalise les exportations américaines, et les Bermudes où l'argent sale n'est pas perdu pour tout le monde.

Mais pas besoin d'aller si loin, remarque Daniel Lebègue, président de Transparence International (France). Pour l'ancien patron de la BNP, « Londres est le principal centre off shore (l'autre nom des paradis fiscaux) des fonds spéculatifs dits hedge funds », alors que « les pays les plus nocifs en Europe sont le Liechtenstein, Gibraltar... et Chypre », un membre de l'Union européenne.

En fait, la liste des paradis fiscaux est à géométrie variable : 72 selon le FMI, trois seulement pour l'OCDE (Monaco, Liechtenstein, Andorre !). Il serait donc utile d'emblée, pour les ONG, de revoir la liste noire sur la base de trois critères : secret bancaire, refus d'enregistrer les trusts et le propriétaire véritable des fonds, non-coopération fiscale et judiciaire.

Dans le registre des décisions simples, rapides et efficaces, Daniel Lebègue et ses collègues privilégient deux autres options. Interdire la distribution en Europe des hedge funds non régulés : les deux tiers d'entre eux sont dans les paradis fiscaux. Renforcer la directive européenne sur l'épargne qui prévoit l'échange automatique d'informations entre administrations, en étendant notamment son application aux personnes morales et à toute entité juridique. Aujourd'hui, seules les personnes physiques sont concernées.

Reste à lever les obstacles politiques. À convaincre Gordon Brown qui sait que l'activité de la finance représente plus de 10 % de la richesse nationale produite chez lui. À persuader Jean-Claude Juncker, qui n'ignore pas que l'opacité bancaire luxembourgeoise s'apparente parfois à des pratiques de paradis fiscal. Il faudra peut-être aussi rappeler à Nicolas Sarkozy qu'il est coprince d'Andorre...
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