Ancien banquier, vous êtes aujourd'hui à la tête de Transparency International France, organisme qui se consacre à la lutte contre la corruption. Quel regard portez-vous sur la crise ?
Le système de régulation et de contrôle de la finance mondiale est en crise profonde. Il est fragmenté en une multitude d'acteurs nationaux confrontés à des opérateurs mondiaux qui agissent 24 heures sur 24, et dont les innovations financières sont difficiles à suivre. Aujourd'hui, des pans entiers de la finance échappent aux autorités de contrôle : de l'acteur le plus anodin aux institutions les plus en vue.
Plus précisément ?
N'oubliez pas que ceux qui sont à l'origine de la crise des subprimes, ce sont tous ces courtiers américains qui ont prêté à livres ouverts à des ménages insolvables. Qui les contrôle ? Personne. Viennent ensuite les banques d'investissement qui ont relayé la crise en transformant ces mauvais crédits en actifs financiers pour les vendre à l'ensemble de la planète. Qui les contrôle ? Personne, puisqu'elles ne relèvent pas de la réglementation bancaire, ni de celle des assurances. Et ce vide réglementaire touche également les rehausseurs de crédit, les agences de notation et les hedge funds, de loin les plus inquiétants.
Pourquoi ?
Basés en grand majorité dans des centres offshore, ils sont, selon moi, le trou noir du système financier mondial. Contrairement aux autres acteurs majeurs situés en Europe ou aux Etats-Unis, il n'existe pour eux aucun prêteur en dernier ressort. Aucune banque centrale ne volera au secours d'un hedge fund en difficulté, la faillite sera au bout du chemin. Or nous savons que leurs produits se trouvent dans les portefeuilles d'investisseurs, grands et petits, partout dans le monde. Si plusieurs hedge funds faisaient défaut - une hypothèse tout à fait plausible compte tenu de la spirale actuelle -, ce sont des épargnants et des retraités qui en assumeraient les conséquences.
Pour mieux réguler les hedge funds, ne faudrait-il pas s'attaquer aux centres offshore où ils sont logés ?
Il n'y aura d'issue à la crise que si l'on construit un système de contrôle qui inspire et rétablit la confiance. Les acteurs, quels qu'ils soient, sont à la recherche éperdue de la sécurité. Certains se détournent d'ailleurs des zones d'opacité où il n'existe pas de visibilité sur les actifs. Ce n'est même plus une question de morale ou d'éthique, quittons ce terrain-là : aujourd'hui, il faut impérativement gérer un risque systémique pour la finance mondiale.
La communauté internationale n'a jamais pris les moyens nécessaires pour lutter contre l'opacité des paradis fiscaux...
Nous n'avons plus le choix. Contrôler le système monétaire international n'est plus une matière à option. Un certain nombre d'initiatives pourraient être prises. La première d'entre elles, c'est de mettre au ban de la communauté financière les paradis judiciaires et fiscaux les plus nocifs, ceux qui refusent toute forme de coopération avec les autorités de régulation. Ceux-là doivent être placés hors-jeu.
Les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale vont avoir lieu mi-octobre, à Washington. Ne peut-on pas imaginer que l'ensemble des grands acteurs économiques et politiques présents lancent un appel aux trente premières banques mondiales - qui assurent 80 % des flux financiers internationaux - afin qu'elles se détournent des paradis fiscaux les moins recommandables ? Commençons par cela.