Daniel Lebègue : "Extirpons l'argent sale des centres off shore !" - Newsmanagers - 16/10/2008

Les sociétés cotées et les banques doivent détailler dans leur rapport annuel leurs activités dans les paradis fiscaux et informer leurs actionnaires, préconise l’ancien dirigeant de la BNP.

Newsmanagers.com : En quoi les centres "off shore" se démarquent-ils des places financières traditionnelles ?

Daniel Lebègue : Les Etats et territoires concernés présentent des caractéristiques communes. En premier lieu,  le manque de transparence sur les transactions ; et l'absence de régulation, y compris pour les banques, institutions financières et les fonds d’investissement hébergés.

Ils se caractérisent encore par la faiblesse ou l’absence de l’autorité de surveillance des intermédiaires financiers. La cinquième place financière mondiale en est ainsi dépourvue : il s’agit des Iles Caïmans.

Beaucoup de ces centres "off shore" refusent de jouer le jeu de la coopération internationale avec les autorités judiciaires, fiscales ou administratives pour de simples recherches d’information, quand des procédures sont engagées. Ces centres s’abritent derrière la notion de secret bancaire, y compris en Europe ou dans des pays associés à l’Union européenne.

Si la communauté internationale souhaite reprendre le contrôle du système financier, en accroissant la surveillance des acteurs et en faisant jouer la coopération internationale, elle doit s’attaquer à ce trou noir de la finance clandestine qui s’est constitué dans les centres financiers "off shore".

Quels sont les dangers provoqués par ces centres ?


Daniel Lebègue : Ces places tolèrent ou facilitent les opérations de blanchiment d’argent issu d’activités criminelles. Mais elles facilitent ou contribuent aussi au détournement de sommes colossales, produites par les autres capitaux placés. Elles privent par ailleurs les Etats de ressources considérables.

De surcroît, avec le développement de la crise actuelle, ces centres et les acteurs qu’ils hébergent constituent un risque systémique majeur pour toute la finance mondiale.

Que proposez-vous de nouveau pour lutter contre les paradis financiers et fiscaux ?

Daniel Lebègue : Le conseil des ministres des Finances de l’Union européenne se réunit cette semaine pour examiner l’application de la Directive Epargne de 2005. Compte tenu des graves déficiences observées, notamment avec l’affaire du Liechtenstein, cette Directive doit être reprise.

L’Allemagne et la France doivent intégrer dans leur initiative conjointe de lutte contre la crise financière les propositions de l’OCDE pour lutter contre les paradis fiscaux non-coopératifs.

Les acteurs financiers sont en première ligne par rapport aux centres "off shore". Que préconisez-vous en ce qui les concerne ?


Daniel Lebègue : Transparence-International (France) propose deux mesures qui peuvent être appliquées rapidement.

Les sociétés cotées et les sociétés du secteur financier, banques et compagnies d’assurance, doivent indiquer dans leur rapport annuel quelles sont leurs activités dans les centres financiers  "off shore", comment ces activités sont contrôlées et quels sont les systèmes d’audit mis en place.

Dans ces documents de référence, elles doivent être capables d’expliquer à leurs actionnaires pourquoi elles travaillent dans ces centres ; et quelles sont les précautions qu’elles prennent, en l’absence de règles de contrôle organisé.
Transparence International France - 2 bis, rue de Villiers 92300 Levallois-Perret - Téléphone/Télécopie : +33(0)1 47 58 82 08
Site réalisé par Ecedi.