Transparence International France répond à l’article du journal « Le Point », « ONG en eaux troubles », qui la met en cause


Dans un article paru dans son édition du 30 juillet[1], le journal « Le Point » reprend  à son compte la thèse selon laquelle certaines des ONG engagées dans le dossier dit des « Biens mal acquis » (« BMA ») seraient des « faux nez » qui serviraient des intérêts très éloignés des objectifs affichés de promotion de la gouvernance et de défense des Droits de l’Homme[2]. A partir de données incomplètes et pour certaines déformées, l’auteur, Albert Duvillard, laisse entendre que les réelles motivations des ONG seraient de desservir les intérêts français au profit d’intérêts anglo-saxons et en particulier américains.

Transparence International France, qui fait partie des organisations visées, exprime sa stupéfaction et son indignation face au caractère manifestement à charge de cet article et aux diverses inexactitudes et omissions qu’il contient. La thèse de la manipulation que défend son auteur, ne résiste pas à une analyse précise des faits.

Nous souhaitons en particulier apporter les précisions suivantes,

1. A aucun moment, M. Duvillard n’est entré en contact avec les organisations françaises qu’il accuse de manquer d’indépendance afin de vérifier ses informations et de prendre connaissance de leurs points de vue sur les sujets traités. Cette manière de faire, contraire aux pratiques du journalisme, surprend et ne peut que laisser planer le doute sur l'impartialité de son travail ;

2. L’article occulte ou déforme plusieurs données essentielles pour une approche complète du sujet, les données passées sous silence n’accréditant pas la thèse de l’auteur :

             2.1 M. Duvillard pose la question « qui sont les véritables commanditaires de ces chevaliers blancs qui luttent contre la corruption ? », mais ne juge pas utile d’y répondre en ce qui concerne l’ONG qui est en première ligne de la procédure judiciaire en cours. Il ne dit en effet rien des sources de financement de Transparence International France. Précisons que TI France tire l’intégralité de ses ressources des contributions de ses adhérents et partenaires entreprises, associations et particuliers français. La décision de rejoindre la plainte « BMA » a été prise par son conseil d’administration[3], en toute indépendance du réseau Transparency International qui a simplement été consulté, et au regard des faits portés à sa connaissance, notamment 34 procès verbaux de la police française.

             2.2 Il est inexact d’écrire que « Global Witness [ONG britannique] est à l’origine du déclenchement de l’affaire des biens mal acquis ». C’est Sherpa, dans un premier temps avec Survie et la Fédérations des Congolais de la Diaspora et, dans un second, avec TI France, qui a pris l’initiative de porter cette affaire en justice, sur la base d’un rapport du Comité Catholique contre la Faim et le Développement (CCFD) qui est aussi une organisation française. Le CCFD est en effet l’auteur du rapport « Biens mal acquis … profitent trop souvent - La fortune des dictateurs et les complaisances »[4], dont certaines des conclusions ont été approfondies par la police et qui a donné son nom à l’affaire.

             2.3 Dernier exemple, « Le Point » s’appuie sur le Baromètre de la transparence des ONG publié par la fondation Prometheus pour affirmer que « c'est paradoxalement dans la sphère des ONG militant pour l’éthique et la transparence des affaires que semble régner le plus grand flou ». Or, M. Duvillard a omis de préciser que ce même rapport de Prometheus accorde respectivement les notes de 9 et 8 sur 10 à TI France et Sherpa sur la base de critères de transparence, de bonne gestion et de fonctionnement démocratique[5].

3. L’article ne dit rien du fond d’un dossier traitant de forts soupçons de détournements de fonds publics au détriment des populations de trois pays en développement riches en ressources naturelles. Pour mémoire, la police française, à travers les 34 procès verbaux précités, à confirmé l’existence d’un luxueux patrimoine en France que les revenus des chefs d’Etats et de leurs entourages visés par notre plainte ne peuvent pas justifier. L’article omet aussi de rappeler l’engagement de la France sur le principe de restitution aux populations lésées des avoirs détournés, principe contenu dans la convention de l’ONU contre la corruption déjà signé par 140 Etats. C’est sur la base de ces éléments que, en toute indépendance et au regard de son objectif de lutte contre la corruption, TI France a pris l’initiative de rejoindre la plainte BMA.

Faute d’avoir pu jusqu’à présent répondre sur le terrain des faits et du droit, certaines des personnes visées par notre plainte ont développé une théorie du complot dans le but de discréditer l’action des ONG actives dans ce dossier. Ces tentatives de déstabilisation ne font que renforcer la détermination de TI France à aller jusqu’au bout dans cette affaire, avec l’appui juridique de notre partenaire Sherpa à l’égard duquel nous réaffirmons notre confiance pleine et entière et à qui nous laissons le soin de répondre aux accusations qui le visent. Avec aussi le soutien des 90 sections nationales qui composent notre mouvement mondial et, tout particulièrement, celui de ses 24 sections africaines.


[1] « ONG en eaux troubles », par Albert Duvillard, « Le Point », n°1924 daté du 30.07.2009.

[2] Thèse déjà développée à satiété par les défenseurs les plus virulents de la « Françafrique », reprise par M° Olivier Pardo, avocat du Président de la Guinée Equatoriale Theodoro Obiang mis en cause pour recel en France de détournement de biens publics dans une plainte avec constitution de partie civile déposée par TI France le 2 décembre 2008. Thèse également reprise par le Président du Congo-Brazzaville Denis Sassou Nguesso, visé par la même plainte.

[3] http://www.transparence-france.org/ewb_pages/o/organisation_transparence_international_france.php

[4] Antoine Dulin, document de travail, Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement, Mars 2007, http://www.ccfd.asso.fr
 
[5] http://www.fondation-prometheus.org/main.php?act=dossier&id=6
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