Contrôle citoyen : les engagements des candidats

(Dernière mise à jour : 11 avril 2012)

A ce jour, huit candidats ont pris des engagements en réponse à nos 7 propositions. D’ici au premier tour de l’élection présidentielle le 22 avril prochain, nous publierons ces engagements, thème par thème, afin de permettre aux électeurs de comparer les programmes des candidats dans le domaine de l’éthique de la vie publique. Les engagements pris en réponse à nos propositions sur les conflits d’intérêts, l’indépendance de la justice, l’inéligibilité des élus condamnés pour corruption, le lobbying, l’indépendance de l’expertise et le cumul des mandats ont également été publiés.

Cette semaine, revenons sur les engagements pris en réponse à notre proposition sur le contrôle citoyen. Celle-ci vise à donner la possibilité aux citoyens de saisir ou d’alerter l’Autorité de déontologie de la vie publique (prévue par le projet de loi sur la prévention des conflits d’intérêts) pour toutes les questions relatives à la déontologie des ministres, des hauts fonctionnaires et des élus.

En créant cette possibilité et en dotant parallèlement l’Autorité de déontologie des moyens nécessaires au traitement des signalements, on la mettrait en situation de réellement détecter les abus et les écarts de conduite. Faute de cela, on créerait une énième institution de façade en matière de déontologie de la vie publique, en sachant qu’elle n’aurait pas les moyens de remplir les objectifs qui lui sont assignés.

Sur les huit candidats, seul Nicolas Sarkozy s’oppose à cette proposition. Parmi les sept candidats qui y sont favorables, certains rappellent la nécessité pour cette autorité de respecter les principes d’impartialité, d’indépendance et de représentativité (Jacques Cheminade etEva Joly).François Bayrou indique, pour sa part, que la création de cette autorité sera soumise à referendum. Enfin, le Front de Gauche, s’il est d’accord avec le principe d’un contrôle citoyen, ne souhaite pas en revanche qu’une telle autorité soit créée. Pour le parti de Jean-Luc Mélenchon, c’est à la justice, rendue pleinement indépendante et dotée de moyens renforcés, qu’il reviendrait de traiter les signalements des citoyens. 
 

Détail des réponses des candidats :

François BAYROU, MoDem : OUI, avec la plus grande vigueur

Et la création de cette autorité de déontologie de la vie publique qui pourra être saisie directement par les citoyens sera soumise au referendum de moralisation de la vie publique.
 

Jacques CHEMINADE, Solidarité et Progrès : OUI

Oui, mais à condition que la composition de l’Autorité garantisse son impartialité et sa représentativité, et qu’il soit bien précisé que son objectif est d’assurer le respect de l’intérêt général et non la sauvegarde d’intérêts particuliers.


Nicolas DUPONT-AIGNAN, Debout la République : OUI


François HOLLANDE
, PS : OUI

J’adhère à la proposition de donner la possibilité aux citoyens de saisir la future Autorité de déontologie de la vie publique.


Eva JOLY
, EELV : OUI

De manière générale, les autorités administratives indépendantes restent trop éloignées des citoyens. Il s’agit d’améliorer leur indépendance (via une importance accrue d’une majorité qualifiée au Parlement concernant les nominations importantes), leur transparence et les possibilités de saisine pour les citoyens.

Comme vous le soulignez, l’auto-contrôle des élus est clairement insuffisant. Une Autorité de déontologie de la vie publique pourrait donc jouer un rôle important de lanceur d’alerte et permettrait un contrôle accru.


Le Front de Gauche pour Jean-Luc MELENCHON : OUI au contrôle citoyen, mais pas par le biais d’une nouvelle Autorité de déontologie

La création d’une Autorité de déontologie de la vie publique n’est pas nécessaire ni souhaitable au sens où, dans la perspective des moyens importants qui seront donnés à la justice, notamment pour intensifier la lutte contre la corruption, et d’une indépendance consacrée de cette institution qui travaillera avec des services d’enquête judiciaires placés sous son autorité, celle-ci aura vocation à connaître tous les comportements contraires à la déontologie.

Dans le contexte d’un parquet réellement indépendant, les citoyens, qui pourront ainsi retrouver la confiance en l’indépendance de l’institution judiciaire, pourront dénoncer tout comportement litigieux dont ils auraient connaissance au procureur de la République ou déposer plainte auprès du juge d’instruction par le biais d’une constitution de partie civile lorsqu’ils en sont victimes.

Le transfert d’un contentieux relevant de la compétence de l’autorité judiciaire à une Autorité de déontologie ne serait pas un gain d’efficacité dans un tel contexte, alors même que l’indépendance d’une autorité administrative ainsi que les moyens qui lui seraient alloués seraient facilement susceptibles d’être remis en cause.


Philippe Poutou, NPA : OUI

Il faut aussi déterminer quelles sont les règles de déontologie applicables.
 

Nicolas Sarkozy, UMP : NON

Je suis favorable à la création d’une  Autorité de la déontologie de la vie publique, autorité administrative indépendante qui exercerait une fonction de contrôle et de conseil à l’intention des responsables publics tenus d’effectuer une déclaration d’intérêts.

Parce que je respecte les fonctionnaires et les magistrats qui servent, au quotidien, l’intérêt général, je ne souhaite pas qu’ils soient, demain, l’objet de suspicions incessantes. Je ne veux donc pas encourager les groupes de pression qui viendraient contester tel préfet ou tel magistrat. L’Autorité de déontologie de la vie publique ne doit pas être instrumentalisée au service d’intérêts particuliers.

L’auto-saisine de l’Autorité me semble donc être une bonne formule : les personnalités indépendantes éminentes composant l’Autorité pourraient ainsi choisir elles-mêmes, en fonction des éléments portés à leur connaissance, les sujets sur lesquels effectuer leur travail de contrôle.

 

Conflits d’intérêts : les candidats à la présidentielle rechignent à donner l’exemple

Le 14 février dernier, nous avons appelé les candidats à l’élection présidentielle à rendre publique leur déclaration d’intérêts. Sept candidats sur dix se sont en effet prononcés en faveur de la publication de déclarations d’intérêts précises pour tous les élus, une mesure essentielle pour en finir avec les conflits d’intérêts. Rappelons que nous attendons toujours les réponses de Nathalie Arthaud, Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy.

En lançant cet appel, notre objectif était que les candidats montrent la réalité de leur engagement, sans attendre qu’une loi les y oblige. Trop souvent par le passé, les engagements des responsables politiques en sont en effet restés aux effets d’annonce. 

Plus d’un mois après notre appel, seuls Nicolas Dupont-Aignan et Eva Joly ont montré l’exemple en rendant publique leur déclaration d’intérêts. Corinne Lepage, qui n’a finalement pas obtenu les 500 parrainages, l’avait aussi publiée.  

Pour montrer qu’ils sont prêts aux-aussi à en finir avec les conflits d’intérêts, nous appelons les autres candidats à publier sans attendre leur déclaration.

Slate.fr prend le relai

Le site d’information Slate.fr va, d’ici le lancement de la campagne officielle le 9 avril prochain, enquêter sur chacun des 8 candidats à l’élection présidentielle manquant à l’appel de TI France, puis reconstituer leurs déclarations d’intérêts.

Pour en savoir plus, lire notre communiqué co-signé avec Slate

Accès à la profession d’avocat pour les ministres et les parlementaires : un projet de décret à contre-courant du débat sur les conflits d’intérêts

Selon Le Canard enchainé du 14 mars, un projet de décret du gouvernement, transmis pour avis au Conseil d’Etat, prévoirait de donner la possibilité aux « personnes justifiant de huit ans au moins d’exercice de responsabilités publiques les faisant directement participer à l’élaboration de la loi » de devenir avocats sans passer aucun examen. Seraient directement visés les membres du gouvernement et les parlementaires.

Un décret de novembre 1991 offre déjà cette possibilité aux « fonctionnaires et anciens fonctionnaires de catégorie A, ou les personnes assimilées ». Cela a permis à nombre d’hommes et de femmes politiques de devenir avocats (François Baroin, Christophe Caresche, Rachida Dati, Jean Glavany, François Hollande ou encore Frédéric Lefebvre). Il y a ainsi aujourd’hui près de 60 parlementaires qui exercent parallèlement des activités d’avocats. Cependant, jusqu’ici, les conseils de l’ordre pouvaient rejeter certaines demandes d’admission. Si le décret est adopté, il n’y aurait désormais, selon le Canard, plus aucun contrôle.

Ce texte va à contre-courant de l’évolution souhaitée par la profession. Dans un rapport remis en octobre 2011 au garde des Sceaux, le Conseil national des barreaux proposait au contraire de soumettre cet accès direct à la profession à un examen préalable visant à contrôler les connaissances en matière de déontologie, à l’issue de 20 heures de formation. Le projet de décret n’aurait retenu que le principe d’une formation déontologique obligatoire, mais sanctionnée par aucun examen.

Surtout, le texte semble totalement ignorer le débat actuel sur la prévention des conflits d’intérêts dans la vie publique. Comme le rappelle le rapport du groupe de travail du Sénat sur les conflits d’intérêts, rendu public en mai 2011, « la possibilité pour des parlementaires en exercice d’accéder à la profession d’avocat et de l’exercer parallèlement à leur mandat a suscité des polémiques dans l’opinion publique. » Parmi les cas les plus décriés, on peut notamment citer celui de Jean-François Copé qui cumulait jusqu’à l’automne 2010 son rôle de président de groupe à l’Assemblée nationale avec une activité d’avocat d’affaires.

Alors que le projet de loi sur la prévention des conflits d’intérêts est tombé dans l’oubli, ce projet de décret ne manque pas de jeter encore un peu plus le doute quant à la volonté de mettre un terme à certaines situations de conflits d’intérêts, intolérables aux yeux de citoyens. Rappelons que parmi les comportements que jugés les moins acceptables chez les politiques, « la défense d’intérêts privés plutôt que l’intérêt général » arrive en première position.Â